Τετάρτη, 9 Σεπτεμβρίου 2015

Le capitalisme, divin enfant du christianisme


Note de notre blog : Cet article ne parle que de l'Église catholique romaine. Pour l'Eglise orthodoxe parle seulement cet:
Encore aux IVe et Ve siècles, aux yeux des Pères de l’Église, l’appropriation privée est une usurpation et vient détruire un état originaire qui ignorait le tien et le mien. Cette propriété privée, enseignent-ils, ne sépare pas seulement les hommes entre eux ; elle les sépare également de Dieu en faisant disparaître cet état premier où rien n’était à personne parce que tout était à Dieu. À la rigueur, comme dans le judaïsme ancien et dans l’islam primitif, pouvait-on concevoir un droit de propriété limité à l’usus, et, qui plus est, limité par les nécessités de l'État ou du bien commun. Mais certainement pas ce droit de propriété, plus absolu encore que celui du droit romain, que des théologiens chrétiens, du XIe au XIIIe siècle [catholiques romains], allaient inventer.
L'auteur certainement ne sait pas ou ne comprend pas l'Eglise orthodoxe. L'Eglise orthodoxe est la voie à l'union de l'homme avec Dieu et pas un effort économique.


En complément de notre dossier "Dieu et l’argent", voici la version intégrale de l’article de Philippe Simonnot, spécialiste des rapports entre l’économie et la religion.

Le capitalisme, divin enfant du christianisme

Des trois grandes religions issues de la Bible, le judaïsme, le christianisme  et l’islam, laquelle est la plus proche du capitalisme ? Des siècles d’antisémitisme ont appris aux générations précédentes que c’était le judaïsme. Un sociologue allemand de renom, Werner Sombart, a même écrit un livre entier sur ce sujet (1) . Le prophète de l’islam, quant à lui, a d’abord été un marchand, et les caravaniers qu’il envoyait en mission n’avaient de leçons à recevoir de personne en matière économique. Le christianisme, pour sa part, a semblé longtemps le plus éloigné de la sphère marchande avec cette célèbre parole du Christ : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (2) . Certes, Max Weber, dans son illustrissime essai (3) , a montré qu’une certaine branche du christianisme, issue de la Réforme, n’était pas tout-à-fait étrangère aux choses de l’argent, mais, par son succès même, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme a empêché de voir les relations profondes et anciennes, bien antérieures à Luther, qui se sont nouées entre christianisme et capitalisme. D’une certaine manière, Weber a blanchi l’argent des autres branches du christianisme et fait oublier que l'Église, pendant des siècles, avait été la première puissance capitaliste du monde. Surtout, à rebours du sociologue allemand, on peut prétendre que sans le christianisme tout court, il n’y aurait pas eu de capitalisme. Cette face cachée, ou déniée, de la religion chrétienne, nous voudrions ici la mettre en lumière.

Le Code napoléonien redécouvre le droit romain

Commençons par cette évidence : il n’y a pas de capitalisme sans capital et il n’y a pas de capital sans appropriation et donc sans droit de propriété.
La Rome antique avait institué les trois composants de ce droit fondamental : l’usus (jouir de sa propriété), le fructus (pouvoir en tirer un revenu ou un intérêt), l’abusus (pouvoir le donner ou le vendre). Mais cet enseignement s’est perdu avec la chute de l’empire romain d’Occident, laquelle a plongé l’Europe pendant  plusieurs siècles dans un profond marasme économique et démographique.
On date en général du XVIIIe siècle la redécouverte d’un droit de propriété à la romaine. L’idée répandue par les théoriciens de l’École du droit naturel (4) ,  à la grande époque des Lumières, est que la propriété constitue la mise en œuvre d’un droit inné de l’homme sur les choses qui l’entourent. L’aboutissement le plus évident et le plus célèbre de cette réinvention a été le Code civil napoléonien, qui consacre en effet les trois composants du droit de propriété et a permis à la bourgeoisie de prendre son essor, en France et dans tous les pays où ce code s’est implanté. Le Code s’inspirait de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et notamment de son article II : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. »
En fait, la novation en question pourrait bien être le réaménagement d’éléments empruntés à la théorie de la propriété développée par les théologiens de la fin du Moyen-Âge. Le droit de propriété du Code civil, qui parait tiré directement du droit romain – et l’on sait la passion de la Révolution et de l’Empire pour l’Antiquité romaine –,  serait en fait  la version laïcisée d’une construction dont le premier modèle se trouve chez les penseurs de l'Église (5) . Chassez la religion par la porte, elle revient par la fenêtre – surtout quand il s’agit d’argent !

Une mission confiée à Dieu par l’homme

Encore aux IVe et Ve siècles, aux yeux des Pères de l’Église, l’appropriation privée est une usurpation et vient détruire un état originaire qui ignorait le tien et le mien. Cette propriété privée, enseignent-ils, ne sépare pas seulement les hommes entre eux ; elle les sépare également de Dieu en faisant disparaître cet état premier où rien n’était à personne parce que tout était à Dieu. À la rigueur, comme dans le judaïsme ancien et dans l’islam primitif, pouvait-on concevoir un droit de propriété limité à l’usus, et, qui plus est, limité par les nécessités de l'État ou du bien commun. Mais certainement pas ce droit de propriété, plus absolu encore que celui du droit romain, que des théologiens chrétiens, du XIe  au XIIIe siècle, allaient inventer.
Ces théologiens, pour asseoir un droit de propriété complet et absolu, vont remonter non pas à La loi des douze tables, (450 avant J.-C.),  matrice du droit romain, mais bien au-delà, jusqu’à… Adam, notre père à tous. La Bible nous enseigne en effet que le premier homme est « maître du monde »,  par la volonté de Dieu (6). Le premier homme est donc  intronisé par Dieu comme son ministre sur la terre, et donc pouvant exercer un droit de propriété sur l’ensemble de l’univers, et pas seulement sur ce petit morceau que constitue la Terre promise au peuple hébreu. Les théoriciens modernes du droit naturel auraient ainsi retrouvé, sans s’en rendre compte, ce qui pour les théologiens était, non plus un droit naturel, mais une sorte de mission confiée par Dieu à l’homme.
La première trace d’un tel travail sur la Bible se trouve chez Hugues de Saint Victor (1096-1141), et Alexandre de Halès (1180-1245). Ces deux éminents théologiens rappellent que l’homme est supérieur aux autres créatures et que le pouvoir de domination qu’il exerce sur elles est nécessaire à l’ordre et à la beauté de l’univers voulus par Dieu, malgré le péché originel.

Ainsi, le droit de propriété est d’origine divine

Vient ensuite le dominicain Thomas d’Aquin (1225-1274), qui perfectionne la doctrine. Pour le Docteur angélique, le domaine de l’homme, à cause du péché originel, n’a plus sa perfection première : il va désormais répondre aux seuls besoins humains. Du même coup, l’homme peut faire que les choses lui soient  utiles (7) .
Un pas supplémentaire va être franchi par un certain Jacques Duèze (1244-1334). Issu d'une famille de la bourgeoisie aisée de Cahors, il devient pape en 1316 sous le nom de Jean XXII. Il est le deuxième à régner à Avignon, devenue résidence pontificale. Ce génial administrateur de la fiscalité pontificale (8)  va prendre le contre-pied d’une doctrine très dangereuse pour les gens d’argent qui se développe à l’époque. Il s’agit de la doctrine des franciscains, disciples du « petit frère des pauvres » (9) , qui se prétendent étrangers à toute forme de propriété. Le domaine des choses temporelles, leur répond Jean XXII, n’a pu être donné aux hommes que par celui qui pouvait donner. Or, Dieu seul a la capacité de donner une chose celui à qui elle appartient. Puisque il n’est pas douteux que Dieu soit le dominus, le propriétaire de l’univers, il n’est pas non plus douteux que le domaine des choses ait été introduit par la volonté divine. Le domaine humain n’a donc pas été introduit par le droit humain, mais, ainsi que l’affirme l’Écriture, par  droit divin. Le droit de propriété est donc d’origine divine. D’où son caractère absolu – justement ce dont a besoin le capitalisme !

L’invention du Purgatoire…

Pour donner toute sa force au nouveau droit de propriété absolu encore dans l’enfance, et notamment au fructus, il fallait encore renverser le tabou de l’usure entravant le commerce de l’argent aussi bien chez les juifs que chez les musulmans et les chrétiens. Ce fut chose faite par le truchement de l’invention du… Purgatoire ! 
Jusqu’au XIIIe siècle, l’au-delà de la mort était divisé en deux parties distinctes et opposées : le Paradis et l’Enfer. Cette division avait  l’inconvénient de n’établir aucune proportionnalité entre le péché et la sentence. À mesure que le christianisme pousse ses racines plus profondément dans la société, il lui faut un système moins rudimentaire pour gouverner les âmes. Ainsi devait apparaître, dans le courant du XIIe  siècle, un nouveau type de péché, le péché véniel - qui signifie digne de pardon - distingué du péché mortel. Ensuite, on établira que si les pécheurs, au moment de mourir, ne sont plus chargés que de péchés véniels, ils ne sont pas condamnés à perpétuité, mais à un temps limité de supplice dans un lieu fait pour purger les fautes, le Purgatoire. Les morts qui allaient dans ce lieu bénéficient ainsi d’un supplément de biographie ! Surtout, ils sont sûrs qu’au sortir de leurs épreuves purifiantes, ils seront sauvés. Car le Purgatoire n’a qu’une porte de sortie, celle qui ouvre sur le Paradis.

... ou petits arrangements avec les morts

La durée du séjour dans les flammes purgatives ne dépend pas seulement du nombre et de la gravité des péchés du mort, mais aussi de l’affection de ses proches - laquelle se manifeste par des prières et par des offrandes, une occasion supplémentaire pour l’Église de recevoir dons et legs.
Pour que les usuriers évitent la damnation de l’Enfer, ne restait plus à faire de leur faute  un péché seulement véniel.  Pour cela, le taux d’intérêt doit être modéré, donc ne pas dépasser un certain plafond considéré comme « usuraire ». Ensuite on a trouvé des excuses à la perception d’un intérêt. On a considéré que le prêteur, s’il n’est pas remboursé à la date prévue, encourt un dommage que l’on peut indemniser par un intérêt. Ou encore, plus subtilement, que le prêteur, en se séparant de cette partie de son capital, a été empêché de consacrer cet argent à un placement peut-être plus avantageux (10) . Enfin, on a estimé que le prêteur encourt le risque de n’être pas remboursé soit à cause de l’insolvabilité du débiteur, soit à cause de sa mauvaise foi.
Cette notion capitale est étendue de l’activité du prêteur à celui du marchand par un génie méconnu de l’époque, le franciscain Pierre de Jean Olivi (1248-1298). Grand rival de Thomas d’Aquin, persécuté par les autorités ecclésiastiques de son temps, il fut l’objet après sa mort d’une véritable dévotion populaire. Pour y mettre fin, son corps fut sorti de terre pour être réduit en cendres, sa tombe elle-même fut détruite...

Le capitalisme alors libéré de la religion

Olivi annonçait les temps nouveaux. Pour lui,  en effet, le marchand a droit à une récompense non seulement par les risques d’entreprise qu’il court, mais encore parce qu’il montre sa capacité à évaluer et à maîtriser les dangers que comporte la pratique commerciale. Le négociant peut donc vendre sa marchandise à un prix plus élevé que celui auquel il l’a achetée parce qu’il a une fonction utile à la collectivité et parce qu’il court des risques. En ce qui concerne les opérations de crédit, elles échappent à la condamnation de l’usure si elles sont faites en fonction d’opérations commerciales utiles à la collectivité.
La brèche béante qui est ouverte ici ne se refermera plus. La première apparition connue d’un contrat d’assurance date de 1287, sous la forme d’un acte notarié rédigé par un notaire de Palerme. Par la suite, son usage allait se répandre, favorisant l’exploitation des mécanismes du marché pour le partage des risques.
Dès lors le capitalisme, libéré des chaînes religieuses par les religieux eux-mêmes, put prospérer, dévorer ses propres géniteurs et partir à la conquête du monde entier. Nous vivons les moments ultimes de ce triomphe planétaire.

Note sur l’auteur

Docteur en sciences économiques, Philippe Simonnot a consacré une partie de son œuvre aux rapports entre l’économie et la religion. D’où plusieurs ouvrages :   Les papes, l’Eglise et l’argent, Histoire économique du christianisme des origines à nos jours (Bayard),   Homo sportivus, Capitalisme, sport et religion (Gallimard), Le marché de Dieu, Économie du judaïsme, du christianisme et de l’islam. En avril 2007, il crée le site www.observatoiredesreligions.fr .


(1)  Les Juifs et la vie économique, traduit de l'allemand avec l'autorisation de l'auteur, par le docteur S. Jankélévitch, Paris, Payot, 1923.
(2) Marc 10, 17-30. Citons encore : « On ne peut servir deux maîtres, Dieu et Mammon », Matthieu 6,24 ; « Heureux les pauvres en esprit », Matthieu 5,3. Sans oublier le Christ chassant à coups de fouet  les marchands du Temple, Jean 2, 13-22.
(3) L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, précédé de Remarque préliminaire au recueil d'études de sociologie de la religion, et suivi de Les Sectes protestantes et l'esprit du capitalisme / trad. de l'allemand, introd. et notes par Isabelle Kalinowski, Flammarion, 2000
(4) Ecole qui tire le droit de la « nature » de l’homme, opposée à l’École positiviste qui fait du droit une création d’une autorité (Dieu, l'Etat), pour le dire succinctement.
(5) Origines théologiques du concept moderne de propriété, Marie-France Renoux-Zagamé, Genève ; Paris : Droz, 1987.
(6) « Dieu dit :“Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons, de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.” Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : “Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.” Dieu dit : “Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture.” » (Genèse 1, 26-30)
(7) L’économiste n’en demandera pas plus quand, au XVIIIe siècle, il cherchera à fonder le concept d’utilité.
(8) Les Papes, l’Église et l’argent, Philippe Simonnot, Bayard 2005.
(9) Il s’agit bien sûr de saint François d’Assise. Ce nouveau « Christ » (il portait les stigmates du Crucifié à la fin de sa vie) aurait pu mettre en danger l’autorité du pape et devenir hérétique. Il a fait au contraire acte de soumission.
(10) Ce que l’on appelle dans la littérature économique contemporaine un coût d’opportunité.

Voir, s'il vous plaît

Église orthodoxe Pères, la richesse et le capitalisme
SAINT JEAN CHRYSOSTOME L' ETHIQUE SOCIALE
Un rocker athée grec missionnaire en Afrique!

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