Σάββατο, 5 Σεπτεμβρίου 2015

L'Afrique de l'Ouest et ses guerres civiles

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Le concept de "guerres nomades" a été avancé pour évoquer les conflits en Afrique de l'Ouest depuis les années 1990. De la crise du Biafra en 1967 à la guerre au Mali aujourd'hui, questions à Kouassi Yao, maître de conférence en histoire à l'Université Félix Houphouët-Boigny et auteur d'un doctorat d’État sur les guerres civiles en Afrique de 1955 à 2002. 


Soldat Ibo pendant la guerre du Biafra,
1968 (photo de Gilles Caron)
 
La crise du Biafra (1967-1970) peut-elle être considérée comme la première grande guerre civile d’Afrique de l’Ouest au lendemain des indépendances ?

La guerre de sécession de la Province orientale du Nigeria qui s’est déroulée entre 1967 et 1970 n’est pas la première guerre civile d’Afrique. En effet, avant qu’elle n’éclate à partir de juin 1967, l’Afrique avait connu déjà des guerres civiles. Il s’agit de la rébellion armée des Noirs du Sud Soudan contre les Arabo-musulmans du Nord qui a éclaté en août 1955, soit cinq mois avant la proclamation de l’indépendance intervenue le 1er janvier 1956. Les Noirs du Sud qui ont souffert des razzias des marchands d’esclaves du Nord et des atermoiements de la politique britannique qui n’a profité qu’aux élites arabo-musulmanes du Nord, ne veulent plus de cette domination après la fin annoncée de la colonisation britannique. Cette guerre civile opposant le Nord au Sud s’achève après 17 ans de combats par les accords d’Addis-Abeba de mars 1972.
Nous avons ensuite la sécession du Katanga (1960-1963) dans l’ex-Congo belge qui est lié aux conditions de naissance de l’État. Le désordre et le chaos qui s’installent dès la proclamation de l’indépendance précipitent la sécession du Katanga soutenue par les milieux coloniaux belges et la Belgique officielle. Dans la Corne de l’Afrique, le refus de l’ONU d’accorder l’indépendance immédiate à l’ancienne colonie italienne de l’Érythrée, pour satisfaire les intérêts géopolitiques de l’Éthiopie et des États-Unis, précipite le déclenchement de la guerre civile (1960) par les nationalistes après l’annexion de l’Érythrée par l’Éthiopie. Enfin, le Tchad où la politique inégale de mise en valeur du territoire par la France a donné à l’État une coloration Sara, les populations islamisées du Nord se soulèvent du contre « l’État Sara ». Pendant ces sept premières années « d’indépendance », où l’instabilité s’installe progressivement en Afrique, l’Afrique de l’Ouest ressemble à une « oasis de paix », troublée de temps à autre par la guérilla du parti africain pour l’indépendance de la Guinée Bissau et des îles du Cap-Vert (PAIGC) contre la domination portugaise. Aussi, quand éclate la guerre civile du Nigeria, c’est la stupéfaction en Afrique, surtout qu’elle survient dans le pays le plus peuplé d’Afrique.
Du point de vue des caractéristiques, la tentative de sécession de la Province orientale du Nigeria peut être considérée comme la plus grande guerre civile d’Afrique de l’Ouest depuis cinquante ans.
En effet, du point de vue militaire, ce fut un affrontement de type conventionnel tant au niveau des forces que des combats et du matériel utilisé. Alors que l’armée fédérale aligne 120000 hommes, 180 officiers, trois divisions, plusieurs bataillons, des blindés de fabrication britannique, des Mig soviétiques et des canons d’origine américaine, le Biafra lui oppose 50000 hommes, 60 officiers, plusieurs bataillons (au moins 8) et brigades, et des avions bombardiers.
Sur le plan des combats, les deux belligérants mettent en œuvre des techniques et stratégies militaires éprouvées comme le blocus, les bombardements aériens, l’encerclement, les opérations commandos, les attaques terrestres simultanées, offensives et contre-offensives…
Du point des acteurs, outre les soldats nigérians et biafrais (au total 170000 soldats), on a noté la participation de conseillers militaires britanniques, soviétiques, de mercenaires originaires de plusieurs pays, de marchands d’armes occidentaux… Pendant la guerre, les Fédéraux ont reçu, pour des raisons différentes, le soutien des États-Unis, de l’URSS et de la quasi-totalité des pays du monde contre de modestes soutiens pour le Biafra de la part de la Côte d’Ivoire, de la Tanzanie du Gabon, de la Zambie, du Portugal. Du point de vue de la variété des acteurs, la guerre du Biafra, est un modèle de guerre civile internationalisée.
Du point de vue des pertes humaines, ce fut une vraie « boucherie ». Pour deux ans de guerre, on a enregistré près de 2 à 3 millions de morts dus en grande partie aux massacres commis par les soldats fédéraux, les effets du blocus de la Marine nigériane et de la famine qui en a résulté (le chiffre d’un million de morts biafrais tient lieu d’horizon traditionnel de cette crise ndlr). En additionnant le nombre de morts de toutes les guerres civiles que l’Afrique de l’Ouest a connu de 1982 à 2002, elle reste éloignée de la « boucherie » biafraise dont le vrai équivalent reste les guerres du Congo-Zaïre de 1996 à 2000 avec ses 5 à 6 millions de morts !
Enfin, du point de vue de la propagande, l’opposition entre Enugu et Lagos donna lieu à une véritable guerre de communication avant « l’ère de la communication). En effet, le Biafra et ses puissants réseaux médiatiques, politiques, religieux et humanitaires jouaient la carte du « génocide Ibo » tandis que les Fédéraux défendaient la légalité, la souveraineté et l’intégrité du Nigéria et dénonçaient les soutiens biafrais. Cinquante ans après le déclenchement de la sécession biafraise, il est difficile de trouver de trouver en Afrique de l’Ouest, une guerre civile avec de telles caractéristiques… 

Quelles places occupent les guerres du Liberia et du Sierra Leone, marquées notamment par les Blood Diamonds ? Le terme de «guerre nomade» a été forgé pour illustrer leurs lourdes conséquences dans la sous-région.

Les guerres civiles du Liberia et de la Sierra Leone ont marqué durablement l’opinion publique africaine en général et ouest africaine en particulier parce que les atrocités et violences commises par les hordes sauvages de « combattants » drogués et ignorant tout des us et coutumes de la guerre dépassaient l’entendement humain. Ces orgies criminelles avec leurs éventrations, décapitations, sectionnement des membres, viol massif des femmes par des hommes ou avec des objets tranchants, ont bénéficié d’une couverture médiatique exceptionnelle par les média à la recherche de « sensations fortes ». En raison de la banalisation des horreurs, des pillages, des enlèvements, on a assisté à des départs massifs de réfugiés Liberiens et Sierra Leonais vers les pays voisins. Ces migrations forcées ont, à leur tour, failli déstabiliser les pays d’accueil comme la Côte d’Ivoire et la Guinée, en raisons des liens linguistiques, ethniques et familiaux que certaines de ces populations en détresse entretenaient avec les peuples frontaliers et la propension de certaines milices à exporter leur guerre chez les voisins qui en ont payé le prix fort avec des pertes en vies humaines. Si on ajoute à ces caractéristiques macabres, le recrutement d’enfant-soldats et les différents trafics auxquels ces « guerres nomades » ont donné lieu, elles méritent bien leur appellation de « guerres civiles modèles » africaines des années 1990.
Le problème est qu’en surmédiatisant ces guerres civiles, on a fini par leur donner une autre image en faisant croire qu’il s’agissait de guerres de prédation dont la finalité était l’enrichissement au moyen des ressources naturelles monnayables comme le fer, le bois pour le Liberia et le diamant pour la Sierra Leone. Il est vrai que les trafics et réseaux mafieux de toutes sortes ont permis à des mouvements rebelles armés, des individus, des combattants, des multinationales, des mercenaires et des États de s’enrichir des « Blood Diamonds ». Mais la conquête des zones diamantifères n’était pas la finalité du combat du RUF (Revolutionary United Front) ou du NPFL (National Patriotic Front of Liberia) parce qu’elles servaient en premier lieu de moyen de financement de la guerre. La preuve, après six mois de combats, le NPFL était sur le point de s’emparer du Palais présidentiel, « l’Eexcutive Mansion » n’eût été l’intervention énergique de l’Ecomog ! De même, en Sierra Leone, Le RUF après avoir conquis les mines de diamant, a tenté à deux reprises de s’emparer de Freetown, siège du pouvoir politique, n’eût été la réaction désespérée du gouvernement qui a fait appel aux mercenaires d’Executive Outcomes (mars 1995) et l’Ecomog qui a chassé le RUF de Freetown en janvier 1999 ! Réduire donc les motivations des groupes armés à des préoccupations essentiellement mercantiles comme le contrôle des Blood Diamonds, n’est pas juste car il évacue maladroitement les causes véritables de certaines guerres civiles. 


Graffiti à Aspen (Colorado, États-Unis)

Comment interpréter les conflits armés survenus depuis les années 2000 (crises ivoiriennes depuis 2002, guerre au Mali depuis 2013) : participent-ils de crises internes de régime ou de crises internationalisées ?

Comme facteurs explicatifs des crises ivoiriennes et maliennes, on peut retenir les deux à savoir, la crise interne de régime et l’influence de l’extérieur. Concernant le premier point une constante dans l’analyse des guerres civiles en Afrique est à souligner : il s’agit de la place et du rôle de l’État dans le la formation des guerres civiles. Avant 1990, l’État africain contrôlé par des dictateurs comme Siad Barré, Idi Amin, Gaafar Nimeiry, François Tombalbaye, Mobutu Sese Seko, Jean-Bedel Bokassa, Samuel Doe ou Mengistu Hailé Mariam utilisaient la toute puissance de l’État pour écraser, tuer et réduire au silence les peuples et les « déstabilisateurs ». Ils bénéficiaient du soutien de Paris, de Washington, de Londres ou de Moscou qui avaient besoin de ces « hommes forts » pour ancrer solidement leurs pays dans le « bon camp » ! Guerre froide oblige. La politique de ces dictatures qui violaient massivement les droits de l’homme finit par entraîner le déclenchement de rébellions armées contre ce qu’on pourrait appeler le « trop d’État ».
Après 1990, c’est le phénomène inverse. Les États laminés par la crise économique sont déliquescents et ne peuvent plus assumer leurs missions régaliennes à savoir assurer la sécurité, faciliter l’accès à l’eau potable, à l’éducation, à la santé. Gangrénés par la corruption d’État qui permet l’évasion fiscale et le détournement des ressources nationales au profit de quelques privilégiés. Les États s’enfoncent dans la pauvreté généralisée et ne sont plus que des coquilles vides à l’image du Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire ou du Mali, méritant bien l’appellation de « Failed states ». Cette situation favorise la naissance de groupes hostiles à l’État (bandes armées du RUF) qui croient trouver dans la violence, le moyen d’imposer une nouvelle donne politique et sociale à même de relever leur pays. D’autres croient trouver la solution dans l’affirmation de leur identité qui doit précéder une réforme profonde de l’État et une nouvelle approche de la citoyenneté (rébellions armées touarègues du Mali et du Niger). Enfin, des États croient trouver la solution à la crise dans une sorte de repli nationaliste aux contours flous (Côte d’Ivoire). La réponse est maladroite car, elle ne fait qu’exacerber les passions ethniques et religieuses. Ici, c’est « l’absence d’État » qui explique la violence.
Ainsi, que ce soit avant ou après 1990, l’État africain se présente come un facteur structurel de conflictualité. Cette situation, et c’est le deuxième point, est aggravée par l’incapacité de l’Etat à prévenir ou à gérer les conséquences de certaines crises politiques et sécuritaires qui se déroulent à ses portes. C’est le cas de l’État du Mali dont la faiblesse ne lui a pas permis d’empêcher l’installation progressive de jihadistes dans le Nord Mali (Aqmi, Mujao et Ansar-dine), des circuits mafieux de la drogue organisés par les cartels colombiens, le retour en force des mouvements rebelles touarègues et l’entrée massive des armes au Nord Mali, suite à l’implosion de la Lybie en 2011. Plutôt que de parler de crises internationalisées, il serait plus juste de parler de crises de régime, de crise de l’État dont les facteurs explicatifs se déclinent en facteurs endogènes et exogènes. 

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