Τετάρτη, 26 Απριλίου 2017

L’Afrique face à l’invasion de faux médicaments


L’Organisation mondiale des douanes a saisi 126 millions de traitements prohibés dans seize ports africains en deux semaines.

Ils sont écoulés en grande majorité dans les commerces de rue des villes africaines, mais se retrouvent aussi dans les pharmacies des hôpitaux publics ou dans les stocks de grandes ONG humanitaires, feintées par l’habileté des faussaires. Les faux médicaments – avec un sinistre bilan évalué à plusieurs centaines de milliers de morts par an – sont devenus un fléau en Afrique. Le vaste coup de filet opéré par l’Organisation mondiale des douanes (OMD) en septembre 2016, et dont les résultats ont été dévoilés vendredi 20 janvier à Paris, confirme l’ampleur du problème.

L’Inde premier fournisseur 

Quelque 126 millions de médicaments falsifiés ou illicites ont été saisis lors de l’opération menée entre le 5 et 14 septembre 2016 dans seize ports africains. Sur les 243 conteneurs inspectés, 150 contenaient des produits non conformes. 75 % venaient d’Inde et 25 % de Chine. Le Nigeria (35 %) et le Bénin (26 %) ressortent comme les deux principales portes d’entrée sur le continent. Il s’agit de la quatrième opération d’interception de l’OMD depuis le lancement du programme commun avec l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM) en 2012. Au total, près de 900 millions de médicaments d’une valeur estimée à 400 millions d’euros ont été confisqués au cours de ces quatre années.

La contrefaçon cible les pathologies les plus courantes 
0 5 10 15 20 25 30 Part en % sur les saisies réalisées en septembre 2016Anti-paludéensAnti-inflammatoiresAntibiotiquesAnalgésiquesGastro-entérinaux
Gastro-entérinaux
part en %: 7,00
Source : Organisation mondiale des douanes

Ces médicaments ciblent les pathologies les plus répandues, en particulier le paludisme. « Cette invasion se déroule en silence et vise les populations les plus défavorisées. Non seulement ces faux médicaments sont la cause de centaines de milliers de décès, mais ils sont aussi responsables du développement de résistances à certains traitements », déplore le diplomate Jean-David Levitte, président du conseil d’administration de l’IRACM. Il estime que les faux médicaments représentent un tiers du marché en Afrique.
L’inertie des pouvoirs publics et l’absence de dispositif législatif réellement punitif laissent le champ libre aux réseaux de criminalité organisée. « Les criminels connaissent les failles du droit. Ils savent par exemple que, dans beaucoup de pays, le douanier ne peut pas ouvrir le conteneur pour le contrôler si l’importateur n’est pas présent », explique Ana Hinojasa, de l’OMD.

L'Afrique, envahie par les médicaments contrefaits

Source AFP - LES ECHOS |

L'Organisation mondiale des douanes a lancé un cri d'alerte : sur le continent africain, un tiers des médicaments sont des produits illicites ou contrefaits.
Un trafic d'ampleur mais très difficile à endiguer. En septembre, en seulement deux semaines et dans seize ports africains, l'Organisation mondiale des douanes (OMD) a intercepté près de 113 millions de médicaments contrefaits.
Dans 150 conteneurs sur 243 inspectés, ainsi que dans douze envois aériens, les douanes ont saisi des produits de santé illicites. "Plus de 97% des produits pharmaceutiques saisis venaient de Chine et d'Inde", a précisé Ana Hinojosa, responsable du contrôle et de la coordination au sein de l'OMD.

L'Inde, premier pays de contrebande

D'après l'OMD, l'Inde est le premier pays d'origine des produits pharmaceutiques illicites. Ces derniers sont des vrais médicaments mais sont introduits en contrebande, d'autres sont même mal conditionnés ou périmés. D'autres encore sont contrefaits mais fabriqués le plus souvent en Chine.
L'opération de saisie, appelée ACIM, est la quatrième du genre en Afrique. Au total, 869 millions de produits pharmaceutiques illicites ou contrefaits ont été interceptés lors de ces opérations depuis 2012, représentant une valeur commerciale de 400 millions d'euros, a détaillé Bernard Leroy, directeur de l'Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (Iracm).
Des chiffres vertigineux mais qui ne sont qu'une goutte d'eau comparé à l'ampleur supposée du phénomène, selon l'institut. Les faux médicaments représenteraient, en réalité, 10% du marché mondial de la pharmacie. Soit un chiffre d'affaires estimé à 85 milliards de dollars. 

Trafic contrôlé par le crime organisé

Et l'Afrique est particulièrement touchée. En effet, près d'un tiers des médicaments utilisés sur le continent est illicite ou contrefait.
A l'inverse du trafic des stupéfiants, celui des faux médicaments, contrôlé par le crime organisé, est largement impuni, étant considéré comme un "simple" délit de violation de la propriété intellectuelle. Ce, bien qu'il soit responsable de centaines de milliers de morts par an, déplore l'Iracm. "Le nombre de poursuites est ridicule et concerne en général des gens locaux", et non les organisateurs de ce trafic, a rappelé Bernard Leroy.
En Afrique, les douanes donnent la priorité à la collecte des taxes sur les importations, une importante source de revenus pour les Etats. Par ailleurs, le manque criant de moyens, de nombreuses failles juridiques et "une interférence très forte de la corruption" facilitent grandement la tâche des trafiquants, selon le directeur de l'Iracm.

A Cotonou, la pharmacie à ciel ouvert où prospère le trafic de faux médicaments

Au Bénin, 40 % des médicaments en vente libre seraient des faux. Une véritable mafia s’est constituée, avec la complicité des autorités.
Des odeurs d’antibiotiques mêlées aux exhalaisons de solutions injectables glucosées éprouvent les narines. Bienvenue au marché Adjégounlé. Située en plein centre de Cotonou, sur la partie est du marché Dantokpa, cette pharmacie à ciel ouvert suffit à prendre la mesure de l’ampleur du trafic de faux médicaments au Bénin.
Assises devant de minuscules échoppes, des commerçantes élégamment vêtues hèlent les passants venus se procurer des médicaments – le plus souvent sans ordonnance. Derrière elles sont rangés, les uns sur les autres, des produits pharmaceutiques et aussi des cartons de consommables médicaux conservés dans des conditions peu réglementaires, à la merci de la poussière et de la chaleur.

Plus que la drogue et que les armes 

Anselme, chauffeur d’une quarantaine d’années, est venu prendre de la quinine. Un antipaludéen fabriqué par Pharmaquick, une société pharmaceutique spécialisée dans le générique et installée au Bénin depuis 1982. Le Bénin ne produit que 2 % de ses besoins en médicaments. « Je viens toujours m’approvisionner en médicaments ici. Même quand le médecin me fait une ordonnance. C’est le même qu’en pharmacie et c’est moins cher », dit-t-il sans ciller.
Comme Anselme, ils sont des milliers de Béninois à venir s’approvisionner sur ce marché de vente de médicaments issus de circuits illicites, non contrôlés, mais autorisé par la Société de gestion des marchés autonomes (Sogema).
Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 10 % des médicaments vendus dans le monde sont non conformes. Un marché évalué à 75 milliards de dollars (67,5 milliards d’euros), devant le trafic de la drogue et tout juste derrière le commerce des armes. La situation est encore plus grave en Afrique, où 30 % à 70 % des médicaments en circulation seraient des faux.
Au Bénin, pays perçu par les spécialistes comme une plaque tournante du trafic à cause de l’impunité dont bénéficient les trafiquants et de l’absence d’arsenal juridique adéquat, « c’est plutôt 40 % des médicaments qui seraient faux », avance le docteur Charles Ainadou, président de l’Ordre des pharmaciens. En 2004, le marché des médicaments au Bénin pesait 55 milliards de francs CFA (85 millions d’euros), dont 6 milliards de francs CFA (9 millions d’euros) pour les faux médicaments, d’après des données de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae).
Un faux médicament est défini selon le Conseil de l’Europe comme « tout médicament comportant une fausse présentation de son identité, ne contenant aucun principe actif ou des principes actifs à un mauvais dosage »

Médicament « vide » 

Sur le marché Adjégounlé sont en vente des produits d’origine douteuse comme le Cumorit, un médicament censé modifier l’équilibre hormonal et provoquer un avortement. « Des analyses au laboratoire ont permis de constater qu’il n’y avait rien dans ce médicament », explique le docteur Charles Ainadou. Une bonne partie viendrait du Nigeria, champion toutes catégories en faux médicaments.
On y trouve aussi des antipaludéens, des antalgiques, des antihypertenseurs… dont les emballages renseignent des laboratoires pharmaceutiques chinois ou indiens comme Sun Pharma. Mais aussi des laboratoires européens comme le Français Sanofi avec son antipyrétique Doliprane 500 mg, vendu un peu moins cher sur le marché parallèle : 800 francs CFA (1,2 euro) contre 1 100 francs CFA en pharmacie.
Il est difficile d’authentifier les produits à l’œil nu. Ils sont souvent très proches de leur date de péremption, comme ce sirop antitussif Sekisan de la firme espagnole Almirall que l’on peut trouver sur l’étalage de Tunde*, un commerçant nigérian. Son usage n’est plus recommandé après le 17 juillet 2016.

Dreadlocks sur la tête, Tunde, un habitué du marché depuis quatre ans, propose aussi du Tramadol 100 mg, un puissant psychotrope analgésique qui peut aussi être utilisé comme stupéfiant – et donc théoriquement sous contrôle international. Il doit être prescrit strictement sur ordonnance. C’est un produit du laboratoire américain Mylan, lit-on sur l’emballage. Comment a-t-il pu se retrouver sur le marché ? « Certains ont été volés dans des officines en Europe, confesse le vendeur. Mais contrairement à ce que les pharmaciens disent à la télévision, ce ne sont pas des faux. »
« Un médicament, dès lors qu’il quitte le circuit d’approvisionnement formel, ne mérite plus qu’on lui fasse confiance », rappelle le docteur Philppe Capo-Chichi, pharmacien toxicologue. A cause des mauvaises conditions de stockage et de conservation, il a pu se dénaturer et devenir nocif.

« Véritable peste » 

Au sein de la corporation des pharmaciens, de graves accusations sont portées contre les sociétés grossistes qui alimenteraient le marché parallèle. « Les grossistes sont la véritable peste », dénonce sans vouloir donner de nom le docteur Louis Koukpémédji, président du Syndicat des pharmaciens du Bénin (Syphab).
Le Bénin compte six sociétés grossistes, dont une publique : la Centrale d’achat des médicaments essentiels (CAME). Le problème se situerait plutôt chez certaines sociétés grossistes privées qui, pour gonfler leur chiffre d’affaires, livreraient des barons du marché noir. « Les trafiquants viennent avec du cash. Mais les pharmaciens prennent souvent à crédit et paient des acomptes », reconnaît un pharmacien travaillant pour un grossiste.

L'appel de Cotonou contre les faux médicaments from fondation Chirac on Vimeo.

Les structures grossistes profiteraient ainsi de leur couverture pour importer des conteneurs de médicaments pour le compte des trafiquants. « Au port, les conteneurs peuvent être bien en règle avec une autorisation dûment signée du ministère de la santé. Mais une fois le camion chargé, il disparaît dans les magasins de trafiquants », explique un cadre du ministère de la santé. Des chargements en transit pour les pays de l’hinterland, en particulier le Niger, sont souvent détournés pour le marché parallèle. Une technique dont s’accommodent les douanes, souvent très complaisantes. « Les douaniers ne nous aident pas. Ils sont pourris et corrompus », affirme un acteur averti du secteur, qui préfère garder l’anonymat.
« Nous sommes dans un merdier total », n’hésite pas à résumer Antoine Houssou, PDG de Pharmaquick, la seule industrie pharmaceutique du Bénin, sans pour autant entrer dans les détails. Les produits génériques de cette société, qui fabrique 3 à 5 millions de comprimés par jour, se retrouvent en quantité importante sur le marché parallèle. « Nous, nous ne faisons pas de faux médicaments. Mais dès lors que cela sort de nos usines dans les fourgonnettes des grossistes que nous livrons, nous ne savons plus ce qu’ils en font », se défend l’industriel.
 
« Combat voué à l’échec » 
 
Le nom d’un grossiste revient souvent : UB Phar. L’une des plus anciennes de la place. Contactée, l’entreprise s’est refusée à tout commentaire. « N’insistez pas. C’est simplement non. Je ne suis pas disposé à vous accorder un entretien sur ce sujet », tranche le directeur commercial, le docteur Ghislain Agonsanou.
En 2014, une opération menée conjointement par les douanes et la police a permis d’arraisonner 350 tonnes de chargement de faux médicaments, sans compter les 150 tonnes de comprimés de Tramadol interceptés dans la période. Mais que sont devenus les trafiquants ? Croupissent-ils en prison ? « Je ne peux pas jurer de ce qu’est devenu ce dossier », soupire le directeur des pharmacies, qui dit avoir les mains liées. La pression viendrait « d’en haut ».
Certains députés à l’Assemblée nationale trouveraient dans ce trafic des revenus conséquents pour financer leurs activités politiques. Des noms reviennent avec insistance, notamment celui d’un jeune homme qui a été candidat à la présidentielle de mars. « Sans preuve, nous ne pouvons pas avancer de noms. Ils sont très malins. Et sans un arsenal juridique, c’est un combat voué à l’échec. Mais qui doit voter les lois ? N’est-ce pas les députés ? », affirme, impuissant, un cadre du ministère de la santé.
Dans le trafic des faux médicaments, les lobbys sont puissants et influencent les décisions. Entre 2007 et 2013, le gouvernement a tenté de réprimer sévèrement les trafiquants en prenant d’assaut les marchés et dépôts illicites. La pression s’est intensifiée en 2009 avec l’Appel de Cotonou contre les faux médicaments, initié par la Fondation Chirac. « Mais les résultats étaient mitigés », reconnaît le général Idrissou Abdoulaye, ancien directeur du Centre nationale hospitalier et universitaire (CNHU). « En réprimant au lieu de régler le problème, on ne faisait que le déplacer. Les bonnes dames quittaient le marché pour se retrancher dans les maisons et les ruelles », explique le général, aujourd’hui à la tête du laboratoire de biochimie du CNHU.
La convention Médicrime, adopté par le conseil de l’Europe en septembre 2010 pour criminaliser le trafic, est un début de solution. Mais, depuis son adoption, elle n’a été ratifiée que par cinq pays, dont la Guinée, sur une vingtaine de signataires.
Au Bénin, aucun projet de loi ou de ratification condamnant le trafic n’a encore été soumis au Parlement. En attendant, à Adjégounlé, les trafiquants font de bonnes affaires sous le regard complice des autorités.

*Le prénom a été changé.


Eglise orthodoxe du Benin

 

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